Avec Le Propre et le sale, Georges Vigarello poursuit ses recherches ou plutôt ses récits historiques de vulgarisation. Après ses histoires du corps, de la virilité, de la beauté… une histoire des représentations des notions de propre et de sale.
Georges Vigarello fait démarrer son analyse au Moyen-Âge (pour l’époque latine, le lecteur intéressé pourra se reporter au récent ouvrage de Michel Blonski, Se nettoyer à Rome, paru aux éditions des Belles Lettres). L’approche n’est pas chronologique mais thématique. Georges Vigarello aspire à montrer par quels biais se pratique l’hygiène. Une des particularités de l’ouvrage est d’indiquer que les critères de l’hygiène liés à l’eau seraient anachroniques, puisque, dans certains contextes, l’eau n’est pas le plus évident principe pour rendre propre, et entre notamment en concurrence avec le linge ou avec les toilettes sèches (sans eau). Pourtant, le plan de l’ouvrage combat difficilement cette erreur de jugement puisqu’une seule partie (la deuxième « Le linge qui lave ») sur les quatre n’est pas consacrée à l’eau.
Ce n’est pas uniquement la propreté (ou la saleté) qui est abordée que la façon dont les êtres sont considérés comme propres et sales. Ces notions ont une forte connotation sociale. La propreté disqualifie ou agrège. Elle est bien souvent davantage une propreté d’apparence que réelle, idée que le parfum participera à renforcer. Si bien que les notions de sale et de propre sont liées à nos sensibilités et aux notions de goût et de dégoût. La propreté devient alors morale, et ce n’est sans doute pas étonnant si cette représentation se développe en parallèle avec la notion de progrès. L’expression « enfants de Pasteur » qualifie assez bien notre période. L’étude du propre et du sale ne peut alors se faire sans avoir à l’esprit d’autres dynamiques historiques, en particulier la révolution industrielle, les colossaux travaux de réaménagement urbain. C’est une histoire à lier à la grande Histoire.

Eddie Breuil