"Les grands" - Sylvain Prudhomme. Un roman qui vous emportera très loin. "Une littérature de l’ailleurs toute en poésie" Onlalu

"La tension monte page après page, tandis que la mélancolie serpente et étreint le lecteur. Sylvain Prudhomme a trouvé un ton, juste et fort, qui hisse ce roman magnifique au rang des pépites de la rentrée littéraire."
François Busnel, L'Express

Guinée-Bissau, 2012. Guitariste d'un groupe fameux de la fin des années 1970, Couto vit désormais d'expédients. Alors qu'un coup d'État se prépare, il apprend la mort de Dulce, la chanteuse du groupe, qui fut aussi son premier amour. Le soir tombe sur la capitale, les rues bruissent, Couto marche, va de bar en terrasse, d'un ami à l'autre. Dans ses pensées trente ans défilent, souvenirs d'une femme aimée, de la guérilla contre les Portugais, mais aussi des années fastes d'un groupe qui joua aux quatre coins du monde une musique neuve, portée par l'élan et la fierté d'un pays. Au cœur de la ville où hommes et femmes continuent de s'affairer, indifférents aux premiers coups de feu qui éclatent, Couto et d'autres anciens du groupe ont rendez-vous : c'est soir de concert au Chiringuitó.

« Couto avait regardé la photo punaisée au mur en face de lui, l’une des seules qu’il ait conservées de toutes ces années-là. L’une des plus anciennes aussi : 1977, la première des trois années fastes qu’ils avaient eues, avant que le groupe éclate.
Dulce se tenait au centre, seule femme parmi les musiciens du groupe, la plupart barbus, plus hauts qu’elle d’une bonne tête, plus vieux aussi de cinq ou six ans. Debout entre les silhouettes foutraques de Couto et Miguelinho, les deux préposés aux guitares rythmiques, elle regardait timidement l’objectif, gamine un peu raide, jupe droite et chemisier blanc d’écolière, cheveux ras de garçon.
Atchutchi, le chef d’orchestre, et Malam, un des chanteurs, l’avaient entendue à une cérémonie trois mois plus tôt, dans un village. Un chœur de vieilles femmes chantait près d’une maison en s’accompagnant à coups de navettes en bois. Par intervalles une voix leur répondait, les provoquait. Une voix aiguë, enfantine, au phrasé léger, qui sans forcer un seul instant dominait toutes les autres et avec autorité les relançait. C’était Dulce.»